À environ un millier de kilomètres des côtes françaises, une mission scientifique a exploré des plaines abyssales de l’Atlantique Nord-Est, là où plus de 200 000 fûts de déchets radioactifs ont été immergés par plusieurs pays européens. À près de 5 000 mètres de profondeur, les observations de terrain commencent à documenter l’état de ces barils et leur interaction avec le milieu.
Longtemps, cette zone est restée un sujet de récits, d’archives et de controverses. Depuis, la science revient sur place, au sens littéral, avec des robots, des submersibles habités et une approche interdisciplinaire. L’objectif n’est pas de rejouer le débat politique des années d’immersion, mais de décrire ce qui est visible aujourd’hui, d’échantillonner les sédiments et de comprendre ce que ces objets, installés depuis des décennies, font à l’écosystème profond.
La mission, portée par le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et menée avec des moyens de la Flotte océanographique française, s’inscrit dans une séquence de campagnes qui cherchent à passer d’un inventaire approximatif à une cartographie, puis à un diagnostic environnemental. Autrement dit, transformer un cimetière supposé en un terrain de mesures.
Aspects traités
- Une immersion à 4 700 mètres, du 27 mai au 28 juin
- Entre 1971 et 1982, plus de 200 000 fûts immergés
- Des fûts dégradés et des traces de déversement observées
- Anémones, coraux, crabes: les fûts comme récifs artificiels
- Robots, cartographie, échantillons: ce que la science peut établir
- FAQ: ce que l’on sait, ce que l’on observe
- À retenir
- Questions fréquentes
- Sources
Une immersion à 4 700 mètres, du 27 mai au 28 juin
Le calendrier et le dispositif donnent la mesure de l’effort. Pendant un mois, du 27 mai au 28 juin, une trentaine de scientifiques ont étudié une partie des plaines abyssales de l’océan Atlantique, à près de 5 000 mètres de profondeur, d’après Le Monde [SOURCE 1]. Le même article décrit une immersion à 4 700 mètres sur le site de stockage, en juin 2026, avec le sous-marin Nautile et des plongeurs [SOURCE 1].
Le choix de la plaine abyssale n’est pas anodin. À ces profondeurs, la dynamique des sédiments, la rareté de la lumière et la lenteur de certains processus biologiques rendent l’observation complexe. Les chercheurs ne viennent pas seulement voir des fûts, ils viennent relier des indices, état des contenants, traces au sol, présence d’organismes, et prélever des échantillons pour comprendre ce qui se passe au contact des barils.
Le Monde précise que les chercheurs ont embarqué à bord d’un navire de la flotte océanographique française, dans une mission interdisciplinaire dirigée par le CNRS et menée en partenariat avec d’autres acteurs [SOURCE 1]. L’enjeu opérationnel est clair: documenter un site vaste, profond, et dispersé, ce qui impose une combinaison d’outils, robotique pour le repérage, submersible pour l’observation fine et l’échantillonnage.
Entre 1971 et 1982, plus de 200 000 fûts immergés
Le cœur du dossier tient en quelques données, lourdes de conséquences. Entre 1971 et 1982, plus de 200 000 fûts de déchets radioactifs ont été immergés par plusieurs pays européens dans l’Atlantique Nord-Est, à des profondeurs atteignant plus de 4 700 mètres, selon un texte publié par The Conversation et signé par des auteurs associés au CNRS [SOURCE 5]. Le Monde reprend le même ordre de grandeur, en évoquant plus de 200 000 barils dans cette zone [SOURCE 1].
Ces chiffres ne disent pas tout, mais ils structurent la discussion. D’un côté, l’immersion est un fait historique, documenté, qui a produit une accumulation d’objets industriels sur des fonds marins très profonds. De l’autre, la question scientifique actuelle porte sur l’état de ces objets et sur leurs interactions avec l’environnement local, dans un espace où les observations directes restent rares par rapport à l’ampleur de la zone.
Pour mesurer l’écart entre récit et mesure, il faut regarder ce que les campagnes récentes ont déjà permis de faire. The Conversation indique que les campagnes à la mer NODSSUM 2025 et NODSSUM 2026, portées par le CNRS et réalisées avec les moyens de la Flotte océanographique française, ont permis d’identifier plusieurs milliers de ces barils [SOURCE 5]. Le même texte précise que, pour identifier les fûts et définir les cibles de l’étude, le robot autonome Ulyx a été déployé lors de la campagne 2025 [SOURCE 5].
Autrement dit, l’expédition ne se limite pas à une plongée spectaculaire. Elle s’appuie sur une logique de repérage à grande échelle, puis de focalisation sur des cibles, ce qui permet de passer d’une présence supposée à une présence observée, et d’organiser les prélèvements autour de points documentés.
Ce que change l’expédition NODSSUM
Des fûts dégradés et des traces de déversement observées
La question la plus sensible, celle qui motive l’attention du public, est l’intégrité des contenants. The Conversation publie une photographie et décrit un fût présentant une dégradation importante et un déversement de matière sur les fonds marins environnants [SOURCE 5]. Ce point, factuel, change la nature du dossier: il ne s’agit plus seulement de localiser des barils, mais de constater que certains ne sont plus intacts.

À ce stade, la prudence s’impose dans l’interprétation. Une observation de dégradation et de déversement décrit un état local, à un instant donné, sur un objet donné. Elle ne suffit pas à caractériser l’ensemble des fûts, dispersés sur une zone vaste, ni à décrire l’ampleur d’une contamination éventuelle. Mais elle justifie pleinement l’approche par échantillonnage, sédiments, eau interstitielle, biologie, et le suivi dans le temps.
La mission NODSSUM 2026 a également réalisé des prélèvements de sédiments. The Conversation mentionne une carotte de sédiments prélevée par le Nautile sur le site d’immersion [SOURCE 5]. Dans ce type de contexte, ces carottes servent à relire l’histoire récente des dépôts sur le fond marin et à analyser ce qui se trouve au voisinage immédiat des objets, ce qui est souvent plus informatif que des mesures très éloignées.
Le Monde, de son côté, situe l’exploration sur des plaines abyssales à environ un millier de kilomètres des côtes françaises [SOURCE 1]. Cette distance rappelle une dimension souvent mal comprise: ces sites ne sont pas au large au sens courant, ce sont des espaces profonds, éloignés, difficiles d’accès, où la logistique de recherche coûte en temps de mer, en équipements spécialisés et en coordination scientifique.
Anémones, coraux, crabes: les fûts comme récifs artificiels
Un autre résultat, plus inattendu, concerne la biologie observée autour des fûts. Une synthèse publiée par Ouest-France décrit que la mission scientifique a constaté que les fûts avaient été adoptés comme récifs artificiels par des anémones, des coraux, des crabes et d’autres organismes [SOURCE 3]. Une publication de France 3 évoque également des crabes observés sur des fûts, en rappelant qu’une trentaine de scientifiques missionnés par le CNRS ont plongé pour les ausculter [SOURCE 4].
Ce constat ne compense pas le risque environnemental, mais il éclaire un mécanisme connu en écologie marine: dans des plaines abyssales relativement homogènes, tout relief, toute structure dure, peut devenir un support de fixation ou un point d’intérêt biologique. Autrement dit, ces objets industriels peuvent modifier localement l’habitat, en créant des micro-zones de colonisation. La question scientifique devient alors double: que se passe-t-il du côté des contaminants, et que se passe-t-il du côté des communautés biologiques qui utilisent ces structures?
À cela s’ajoute une dimension anthropique plus large. France Inter signale que, en plus des fûts, les scientifiques ont découvert d’autres traces, abondantes, de la présence humaine sur ces plaines abyssales [SOURCE 2]. Là encore, le fond marin apparaît comme un espace où se superposent des héritages, dépôts historiques, objets perdus, déchets, infrastructures, ce qui complique l’attribution des impacts et renforce l’intérêt d’une observation systématique.
Pour mesurer l’écart avec l’image d’un grand large intact, ces indices rappellent une réalité: même les zones les plus profondes ne sont pas hors d’atteinte des activités humaines. Le dossier des fûts radioactifs devient un cas d’école, parce qu’il combine une décision industrielle passée, une localisation extrême et une exigence actuelle de transparence scientifique.
Robots, cartographie, échantillons: ce que la science peut établir
La stratégie scientifique décrite par The Conversation repose sur une articulation claire des moyens. Le robot autonome Ulyx est mobilisé pour repérer et préparer l’étude, puis l’intervention du Nautile permet d’observer et de prélever, avec une précision qu’un simple survol robotisé n’offre pas [SOURCE 5]. Le Monde insiste sur le caractère interdisciplinaire et sur le fait que les chercheurs ont étudié une partie des plaines abyssales, ce qui dit implicitement l’ampleur du travail restant [SOURCE 1].
Reste que l’attente sociale autour de ces missions est souvent immédiate, alors que la production de résultats robustes est plus lente. Entre l’identification de barils, l’observation d’états de corrosion, la collecte de sédiments et l’analyse en laboratoire, il y a des étapes de validation, de comparaison et de publication. Le passage du visible au démontré prend du temps, surtout quand il s’agit de relier des observations locales à un diagnostic environnemental global.
À titre de comparaison, d’autres dossiers environnementaux reposent sur le même triptyque: cartographier, échantillonner, suivre. Ici, la profondeur, jusqu’à plus de 4 700 mètres, et la dispersion de plus de 200 000 fûts rendent chaque étape plus coûteuse en opérations et plus exigeante en méthodes [SOURCE 5]. De là vient l’intérêt de campagnes successives, NODSSUM 2025 puis 2026, qui construisent une continuité d’observations et d’outils [SOURCE 5].
Le fait le plus marquant, au-delà des images, est peut-être la bascule d’un sujet longtemps traité à distance vers une démarche d’observation directe. Une fois que des fûts sont identifiés par milliers, que certains apparaissent dégradés et que des prélèvements sont réalisés, le débat change de nature: il se déplace vers la quantification des phénomènes et la compréhension des mécanismes, ce que seules des séries de mesures peuvent fournir.
Repères factuels sur la mission NODSSUM
- Exploration sur des plaines abyssales de l’Atlantique Nord-Est, à environ un millier de kilomètres des côtes françaises [SOURCE 1].
- Travail à près de 5 000 mètres de profondeur, avec une immersion à 4 700 mètres décrite en juin 2026 [SOURCE 1].
- Historique d’immersion entre 1971 et 1982, pour plus de 200 000 fûts [SOURCE 5].
- Campagnes NODSSUM 2025 et NODSSUM 2026, identification de plusieurs milliers de barils [SOURCE 5].
Cartes de synthèse: risques, science, transparence
La suite dépendra de la capacité des équipes à transformer les observations en séries comparables, et à documenter l’hétérogénéité du site, fûts intacts, fûts dégradés, zones plus ou moins colonisées, zones marquées par d’autres traces humaines. C’est sur ce terrain, celui des mesures et de leur répétition, que se jouera la compréhension réelle de ce que ces immersions passées ont laissé au fond de l’Atlantique.
FAQ: ce que l’on sait, ce que l’on observe
Où se trouvent ces fûts de déchets radioactifs?
Ils sont situés dans l’Atlantique Nord-Est, sur des plaines abyssales à environ un millier de kilomètres des côtes françaises, à près de 5 000 mètres de profondeur, selon Le Monde [SOURCE 1].
Quand les immersions ont-elles eu lieu?
Entre 1971 et 1982, plus de 200 000 fûts ont été immergés par plusieurs pays européens, d’après The Conversation [SOURCE 5].
Qu’a observé l’expédition sur l’état des fûts?
The Conversation décrit au moins un fût présentant une dégradation importante et un déversement de matière sur les fonds marins environnants [SOURCE 5].
Y a-t-il de la vie autour des fûts?
Ouest-France rapporte que des anémones, coraux et crabes ont utilisé des fûts comme récifs artificiels [SOURCE 3].
Quels moyens scientifiques sont mobilisés?
Les campagnes NODSSUM s’appuient sur des moyens de la Flotte océanographique française, avec le robot autonome Ulyx pour le repérage et le submersible Nautile pour l’observation et les prélèvements, selon The Conversation [SOURCE 5].
L’essentiel sur les fûts radioactifs
- Des fûts de déchets radioactifs ont été immergés dans l’Atlantique Nord-Est.
- La zone étudiée se situe à environ un millier de kilomètres des côtes françaises.
- Les profondeurs atteignent près de 5 000 mètres, avec des immersions à 4 700 mètres.
- Les campagnes NODSSUM 2025 et 2026 ont identifié plusieurs milliers de barils.
- Un fût a été observé dégradé avec un déversement de matière sur les sédiments.
À retenir
- Une mission interdisciplinaire a étudié des plaines abyssales de l’Atlantique Nord-Est à près de 5 000 m de profondeur.
- Plus de 200 000 fûts de déchets radioactifs ont été immergés entre 1971 et 1982 par plusieurs pays européens.
- Les campagnes NODSSUM 2025 et 2026 ont permis d’identifier plusieurs milliers de barils.
- Au moins un fût a été observé très dégradé, avec un déversement de matière sur le fond marin.
- Des organismes (anémones, coraux, crabes) ont été vus utilisant des fûts comme supports, type récif artificiel.
Questions fréquentes
- À quelle profondeur les scientifiques ont-ils travaillé ?
- Les observations rapportées se situent à près de 5 000 mètres de profondeur, avec une immersion décrite à 4 700 mètres sur le site étudié.
- Combien de fûts ont été immergés dans l’Atlantique Nord-Est ?
- Les sources citées évoquent plus de 200 000 fûts immergés par plusieurs pays européens.
- Qu’ont montré les premières observations sur l’état des fûts ?
- Une observation documente un fût fortement dégradé avec un déversement de matière sur les sédiments environnants.
- Pourquoi parle-t-on de « récifs artificiels » ?
- Des organismes comme des anémones, coraux et crabes ont été observés en interaction avec les fûts, qui servent de support dans un environnement abyssal.
Sources
- Fûts de déchets radioactifs au fond de l’océan Atlantique : ce que les scientifiques ont vu par près de 5 000 mètres de fond
- Fûts de déchets radioactifs au fond de l'océan Atlantique
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